
Méfiez vous de ces bouilles angéliques. Dans les enveloppes corporelles de Marius, Emile et Louis (un peu comme dans un roman de Zola, le pathos en moins), se cachent des bébés-requins. Le bébé requin est une espèce en voie d’apparition. Il fait de la musique, est entrepreneur, écrit des nouvelles. Peu importe l’activité peut être, il existe trente-cinq familles de requins. Seule compte cette attachante arrogance. Grisé par l’ambition le bébé-requin, le vrai, le Pristiophoriforme, est autonome dès sa naissance.

L’histoire des Drops importe peu d’une certaine façon. Amis d’enfance (à quand peut bien remonter l’enfance quand on a quinze ans ?), ils commencent à jouer ensemble il y a presque deux ans, un peu par envie, un peu par hasard. Ils bidouillent des compos, s’enregistrent sur Garage Band, mettent tout ça en ligne. Ils rencontrent d’autres bébés-requins, ceux de la Cenzured Corporation qui les tournent et les managent, organisent des soirées et jouent les web designers à leurs heures perdues. Bref, jusque-là, presque RAS. Mais très vite la situation se complique. Emile traverse la Manche.

Comment surmontent-ils la distance (qui souvenons-nous est insurmontable quand on a quinze ans) ? Ils composent par téléphone, un groupe du nouveau millénaire en fait. Chacune de leur réunion est une sorte de bénédiction durant laquelle il faut profiter de chaque instant pour travailler sans relâche, caser des concerts, progresser. Dans une version 2008 du Meilleur des Mondes par Tom Anderson ou l’homme aux 237 533 204 amis, on peut imaginer que des groupes cosmopolites se rencontrent via Craiglist, répètent sur Skype et font des concerts sur Myspace.

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